Shearwater Teric

Essai lecteur Plongeur.com : Shearwater Teric

 Article publié sur Plongeur.com le   23/07/2018   par bardass
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Essai lecteur : Shearwater Teric

Un des membres de notre forum, bardass, a publié sur celui-ci un essai très complet du nouveau Shearwater Teric. Cet essai mérite un coup de projecteur et nous vous le proposons donc également ici.

Introduction

L’ordinateur m’a été prêté jusqu’à fin juillet, date à laquelle je devrai le rendre. Ou pas … 

Le Teric est l’ordinateur de plongée au format montre proposé par Shearwater. Ce modèle a surpris pas mal de monde, moi le premier. Comment un fabricant d’ordinateur TEC réputé peut-il s’aventurer sur ce terrain ?
Du coup, je me suis posé 3 questions :

1 – ayant déjà eu des ordinateurs au format montre, et l’âge aidant :/, la lisibilité n’est pas le point fort d’un tel format. Qu’en est-il du Teric ?
2 – le Teric est prévu pour la plongée loisir comme pour la plongée Tec. Comment s’en sort-il dans ces deux domaines.
3 – ce format est-il aussi à l’aise dans l’eau qu’en soirée ?

Je vais essayer d’y répondre.

 

1 – Le Teric est-il lisible ?

Avant d’en parler, je précise que j’ai déjà utilisé par le passé deux ordinateurs au format montre.

L’un que je regrette, le Mares Nemo titanium. A l’époque, je le trouvais beau, vraiment pas imposant au poignet, un affichage complet et lisible. Mais pétri de défauts de conception, il était constamment en SAV.

Le deuxième, un Suunto D6 que je ne regrette pas, parce qu’imposant, un affichage qui n’utilise pas toute la surface de l’écran (une hérésie à mon sens), un affichage matriciel grossier et un contraste faible au détriment de la lisibilité.


Mares Nemo titanium

 

Qu’en est-il du Teric ?

Eh bien, autant le dire tout de suite, la lisibilité est bluffante !! Que ce soit sur terre ou sous l’eau, l’écran AMOLED 400×400 pixels est splendide. En terme de densité d’affichage, cet écran est quasi au niveau Retina (287 DPI), celle que vous retrouvez sur vos écrans de smartphone ou tablette. C’est bluffant et vraiment agréable à lire.

A titre de comparaison, la définition de l’écran du Perdix ou des Petrel est de 320×400 avec un écran bien plus grand (DPI de 213 – Petrel et 232 – Perdix) … Ou encore l’OSTC 4 qui a le plus bel écran de tous les ordinateurs actuels du marché avec une résolution de 800×480 et un DPI à peine supérieur à celui du Teric (291).

Les couleurs d’affichage sont toujours personnalisables, bien que le choix des couleurs soit limité, c’est dommage. Les réglages d’écran sont quasi identiques à ceux que l’on retrouve sur les Perdix et Petrel.

 


image sous l’eau

 

  
image issues du film du fabricant (qui reflètent bien la réalité​​​)

 

A titre d’exemple, alors que l’on s’immergeait dans un lac sombre et froid il y a quelques semaines, un de mes amis s’interrogeait sur la lisibilité du Teric.A plus de 60m de profondeur, la question ne se posait plus : mon ami lisait sans difficultés les informations à environ 2 mètres de distance.

L’intensité d’affichage peut être réglée en surface ou sous l’eau selon 4 niveaux, depuis la très faible intensité spécifique aux plongées sombres comme la plongée en lac ou souterraine jusqu’à la haute intensité en cas de soleil intense.

Autre point fort de ce modèle de mon point de vue : l’intelligence du fabricant . En effet, Shearwater a mis en adéquation la forme de la montre avec les fonctions proposées (style Bauhaus) : le modèle est rond, tous les affichages proposés utilisent ce format. La démarche du fabricant est cohérente depuis le matériel jusqu’au logiciel. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi, ça veut dire beaucoup 😮

En aparté : quelles que soient les montres (mécaniques ou autres), je ne comprends pas comment un fabricant peut proposer une forme de boitier (ronde, carrée, tonneau) avec un mouvement ou un affichage de forme différente. Incohérence, facilité ou mépris du client …Ce n’est pas le cas avec Shearwater, bravo à eux.

Pour en revenir au Teric, les tailles de caractères sont bien choisies, les possibilités de personnalisation intéressantes. Seules deux informations sont affichées en taille maximale : la profondeur en haut de l’écran et le temps d’immersion en bas de l’écran. Que ce soit en mode loisir ou en mode TEC, il est possible de personnaliser l’affichage au milieu de l’écran.

Sur une seule ligne (mode grande taille) : les informations de déco sont présentées par défaut (DTR, temps et durée de paliers). Les autres informations (plafond, ppO2, température de l’eau, prof max, boussole) défilent via le bouton droit du bas

 

 

Sur deux lignes (mode standard) : les mêmes informations de déco sont présentées sur une première ligne. Sur une deuxième ligne, sont présentées une à trois informations choisies par le plongeur. Le reste des informations est accessible via le bouton droit du bas. Mais dans ce mode, les informations de déco restent tout le temps affichées. Ce mode reprend en partie la personnalisation de l’affichage connue les Petrel et Perdix.

 

  

 

Pour le coup, Shearwater a fait fort. Rares sont ceux les fabricants à proposer un écran couleur aussi bon et aussi bien utilisé. Dans ce format, je ne connais que le Garmin Descent Mk1 avec un écran bien moins défini (240×240 pixels). Mais il propose d’autres fonctions (GPS notamment) en sus de la plongée.

En résumé, malgré ma presbytie avancée et mes craintes initiales, je n’ai eu aucun problème de lisibilité. C’est la vraie surprise de ce test

 

2 – Le Teric, un ordinateur de plongée pour tous ?

Là-aussi, je ne vais pas tergiverser : oui, il est fait pour tous, plongeur loisir comme plongeur TEC. En tout cas, tout autant qu’un Petrel, un Perdix, ou un concurrent comme les OSTC et consorts.

Les fonctionnalités en plongée sont quasiment identiques à celles de ses cousins, Petrel ou Perdix, je ne vais pas en faire l’article détaillé. Les modes Loisir (REC) ou Technique (TEC) sont proposés avec les mêmes possibilités de pré-réglages ou de réglages GF. 5 gaz possibles en mode REC ou TEC. La création et la sélection des gaz sont simplifiées par rapport à ses cousins qui m’avaient un poil dérouté à l’époque. Un seul mode liste (pas de mode radio) pour créer ou sélectionner un gaz.

 


Liste des gaz actifs (en blanc) ou inactifs (violet)

 

Le mode Recycleur (CC) permet d’utiliser le Teric avec une ppO2 fixe basée sur deux réglages de Setpoint (bas et haut), la bascule entre setpoints peut être manuelle ou automatique. 5 gaz prévus pour le recycleur et 5 bailouts.

Comme toujours, une fonctionnalité que je trouve indispensable : la possibilité d’activer ou désactiver un gaz, préalablement paramétré, sous l’eau. Cette fonctionnalité permet de plonger en multi gaz avec plusieurs stratégies selon le besoin et le milieu :

  • mode prédictif qui calcule la DTR sur la base du gaz respiré et des gaz de déco déclarés et actif.
  • mode relatif qui calcule la DTR uniquement sur le gaz en cours. La DTR est recalculée à chaque changement de gaz

J’ai utilisé le Teric en mode REC et mode TEC. Désolé, je ne plonge pas en mode recycleur, je n’aurai donc pas un avis pertinent sur ce domaine. Mode REC ou TEC, j’ai retrouvé les réflexes que j’avais avec le Petrel en son temps. L’ergonomie est bonne mais j’aurai préféré que certaines fonctions soient accessibles plus rapidement sous l’eau. Par exemple, pouvoir régler un cap sur la boussole ou démarrer un chrono.

Mais le Teric offre la possibilité de programmer un accès rapide à une fonction via le bouton droit haut. Le plongeur peut choisir d’atteindre rapidement le menu de choix des gaz ou celui des réglages de boussole (la meilleure boussole embarquée que j’ai rencontrée, j’y reviens plus tard) ou celui du chrono ou celui permettant de poser des marques sur le logbook ou le menu simulateur (je ne vois pas l’intérêt sous l’eau mais passons …)

Pour ma part, j’ai paramétré ce bouton avec le menu de choix des gaz ou le menu de réglage de la boussole selon les besoins. Et c’est plutôt bien venu car il faut :

  • 1 appui sur le bouton au lieu de 3 appuis sur différents boutons pour atteindre la liste des gaz,
  • 1 appui sur le bouton au lieu de 5 appuis sur différents boutons pour atteindre le menu boussole.

Dommage qu’on ne puisse affecter qu’un seul raccourci menu à ce bouton. Parce qu’il faut choisir le raccourci avant de plonger : soit le menu des gaz, soit le menu boussole. Et quand on veut les deux ? …

Par comparaison avec d’autres marques, je pense que l’ergonomie des menus peut encore être améliorée, pour faciliter l’accès sous l’eau à certaines fonctions importantes à mon goût : changement de gaz, boussole, chrono.

Le modèle de déco embarqué est bien connu, c’est du Buhlmann ZHL-16C + GF. Pas de VPM même en option, les capacités du processeur doivent être limitées, VPM étant très gourmand en calculs.

Les GF sont évidemment réglables en mode TEC, mais aussi en mode REC !! 3 pré-réglages de GF sont proposés en mode REC comme d’habitude. Mais ils sont modifiables. Ce qui est une vraie bonne surprise pour moi, mon Petrel v1 ne le permettait pas à l’époque.

 


Mode Rec avec GF personnalisés

 

Le mode REC est aussi accompagné d’un réglage de palier de sécurité dont la durée peut être fixée entre 3 et 5 minutes ou s’adapter au profil ou être désactivé. Le mode TEC n’a pas de réglage de palier de sécurité, les plongeurs tek n’aiment pas les paliers de sécurité 

Le Teric est-il adapté à un usage loisir ?

Sans aucun doute. Tout autant que le Perdix ou le Petrel, adoptés par un nombre grandissant de plongeurs cherchant un ordinateur fiable, facile et lisible. Le Teric est une possibilité de plus pour ceux qui recherchent autre chose qu’une brique sur le poignet (Petrel) ou qu’un boitier conformiste comme celui du Perdix.

Le Teric est-il adapté à un usage Tec ?

J’avais des doutes au départ, à cause du format, ma presbytie, la taille des boutons avec des gants étanches…Et franchement, après une vingtaine de plongées, je n’en ai plus aucun.

Oui le Teric me semble parfaitement adapté à un usage Tek. Parce qu’il partage les mêmes fonctions, les mêmes possibilités (VPM en moins) et les mêmes limitations que le Perdix ou Petrel : 5 gaz, profondeur maxi de 200m pour le Teric, 140m pour le Perdix et 300m pour le Petrel. Parce qu’il est fiable et simple, même si j’aurais aimé une ergonomie encore simplifiée

 

3 – Le Teric est-il un ordinateur pour parader en soirée ?

Là aussi, réponse directe : non !!

Ou alors, il faut être gaulé comme Hulk, parce que le Teric est un gros bigmac ! Ses dimensions : 54,5mm de haut par 53,5 de large par 17,5mm d’épaisseur. C’est plus gros et plus épais qu’une des plus grosses séries spéciales que Panerai (c’est un exemple) à jamais créer : la Panerai Mare Nostrum titanium qui ne fait que 52mm, la naine.

Shearwater a beau mettre en avant des vidéos et photos de mannequins en tenue de soirée avec le Teric à poignet, la réalité veut que cela ne fonctionne pas. La preuve en images :

 

  
Images d’illustration Shearwater : ca à l’air de passer, c’est epais mais bien filmé

 

  
Les miennes : C’est gros sur un poignet de taille normale et ca ne passe pas sous la chemise

 

  
Ni sous la veste de costume

 

Etonnement, la Teric est plutôt légère pour une montre de cette taille (54mm) : 120gr. A titre de comparaison, une Rolex SeaDweller de 40mm pèse 145gr.

Bien sûr, il est possible d’égayer la montre avec des bracelets de toutes les couleurs, ça n’en fait pas une montre à porter en ville pour autant. Ou alors, il faut aimer le côté balourd et assumer. Heureusement qu’ils n’ont pas sortis un modèle or et acier pour faire bling-bling.

Pour autant, lors d’un week-end en mer ou lors de vacances plongée, alors qu’on est en short, tong, bob et marcel, le Teric a toute sa place au poignet. L’avantage, c’est qu’on ne l’oublie pas. Vu la taille, ce serait étonnant.

 

Conclusion

Pour finir, les plus et les moins du produit au-delà de ce que je vous ai présenté :

+ la recharge de l’accu par induction. Dans le package, est fourni un chargeur adapté à la forme du Teric. Mais il est tout à fait possible d’utiliser des chargeurs par induction (QI) standard. J’en ai deux chez moi qui fonctionne parfaitement avec le Teric. En revanche, il est incompatible avec les chargeurs Apple. Rien d’étonnant …

+ la connexion bluetooth. Hyper stable et rapide, un bonheur pour les mises à jour de firmware et le transfert des log sur pc, mac ou smartphone

+ les logiciels Shearwater et le mode Cloud, bien foutus, qui permettent de transférer les log de plongées en bluetooth directement sur son smartphone et d’en disposer sur tous les PC ou MAC de la maison.

+ la fréquence d’échantillonnage des log, qui peut varier entre 2, 5, 10 et 20 secondes

+ les alertes de type vibreur ou sonores. Je déteste les alertes sonores donc je ne les utilise pas. Mais j’avais des doutes sur les alertes vibrantes avec une étanche, ça marche plutôt pas mal.

+ les fonctions associées à la montre (réveil, timer, chrono, lampe). Certes, c’est basique, mais bien agréable.

+ la gestion de la batterie. Au-delà d’un certain temps, le Teric se met automatiquement en mode veille dès lors qu’il n’est pas utilisé pour préserver la batterie

+ la boussole électronique, une tuerie, hyper pratique. Bien mieux que sur le Perdix, car elle peut être affichée par-dessus les informations de plongée, avec le cap à suivre. Par exemple sur cette photo, le cap à suivre est représenté par le bouton vert. La flèche orange affiche le cap au nord. La flèche verte à droite de l’indicateur de batterie indique je dois partir vers la droite.

 

 

+ la vitre en saphir du Teric. Autant le boitier est marqué (voir plus bas), autant la glace sapphire n’a strictement aucune rayure. Pourtant, je ne l’ai pas ménagé en frottant sur les robinets de mes blocs sidemount.

+ le simulateur embarqué avec deux fonctionnalités : le planificateur déjà rencontré chez ses cousins Petrel et Perdix avec le plan de décompression selon le temps, la profondeur et les gaz utilisés.
Mais aussi le planificateur NO Deco permettant de connaitre la courbe sans paliers pour les plongées jusqu’à 60m, tenant compte de l’intervalle de surface.

– la longueur du bracelet. Le bracelet est en silicone extensible. Il est de longueur suffisante pour que le Teric soit utilisé sur une combinaison 7mm. Mais il ne faut pas avoir un gros poignet.
Et sur une étanche (même toile), ce n’est pas la peine d’y penser, ça ne passe pas. Du coup, il faut se trimballer une extension. Extension totalement surdimensionnée en usage civil. Il y a donc une certaine incohérence : voilà un modèle que l’on est sensé porter à poignet 24h/24 mais qui doit être accompagné d’une extension pour plonger.

– le boitier marque assez vite. Le boitier semble être fait en acier 316L avec traitement PVD, il se raye assez facilement. Cela ne se voit pas tellement en surface, mais dans l’eau, oui. J’ai le même comportement avec le boitier de l’OSTC 4.

– les inscriptions gravées sur la lunette du Teric sont absolument illisibles : noir sur fond noir, autant ne rien mettre.

– l’autonomie. La batterie est donnée pour 50h en mode plongée, je ne les ai jamais atteints. Sûrement parce que j’utilisais une intensité lumineuse trop forte. Je pense que les 50h sont atteignable avec l’intensité minimale, utilisable de nuit uniquement.
Sinon, il faut plutôt tabler sur 20h. Mais la recharge étant tellement facile via sa compatibilité avec les chargeurs à induction 

– au moins un bug dans les log avec une belle plongée à -283m pour une durée totale de 50 minutes. Autant dire que je n’ai pas trainé à fond, ni aux paliers !
Bug en cours de résolution par le fabricant.

– l’anglais. Ca ne me gêne pas particulièrement. Mais à ce jour, rien n’est en français : documentation, menus sur la montre, logiciels sur pc/mac/smartphone, il faut connaitre la langue des grands bretons.

– le prix !! Le Teric coûte cher : 1100€ sans les sondes. Le prix est même difficilement compréhensible pour un plongeur raisonnable. Mais pour un tel objet, doit-on penser raison ou passion ? Sachant que la concurrence actuelle (Garmin, Ratio) est moins chère mais avec une qualité d’affichage à des années lumières.

 

Voilàààà, c’est finiii, on va pas s’dire au revoir comme sur le quai d’une gare … Il reste une question à laquelle je n’ai pas répondu : je l’achète ou pas ?

Je me tâte toujours car c’est vraiment un bel outil. Mais pas donné. Mais quand même, je risque fort de revendre mon OSTC 4, un superbe écran mais un bon gros boitier, pour ce Teric. J’ai quelques jours pour réfléchir …

NB : le TERIC gère jusqu’à deux sondes pour le suivi de la consommation en gaz. Je n’ai pas souhaité les tester, je n’aime pas cela